Trouver sa place dans l’entreprise familiale

Grandir sur une ferme est une expérience unique. Pouvoir dire : « Je passais mes après-midis dans les champs avec mon frère et mon père, je faisais mes siestes dans un tracteur et je construisais des villages de cabanes dans les arbres avec mon frère… et toi, ton enfance ? », c’est quelque chose que je n’entends pas quotidiennement. Puis tu grandis, et réalises qu’en fait, si tu passais autant de temps dans les champs, c’est aussi parce que ton père travaille 7 jours sur 7, et que c’était parfois le seul moyen de le voir. Ne vous méprenez pas, je pense qu’il y a pire pour un enfant que de passer son enfance dehors, mais tu finis quand même par te demander si c’est vraiment le métier que tu veux pratiquer quand tu seras grande.

Comme la plupart des jeunes, j’ai voulu pratiquer plusieurs métiers au courant de mon adolescence. De vétérinaire à architecte, en passant par avocate, jamais je n’ai voulu être agricultrice. Il allait de soi que l’entreprise familiale irait à mon frère, qui a appris à conduire des tracteurs avant des automobiles et qui était déjà manuel. Bref, selon moi, le métier d’agriculteur, c’était pour ceux qui veulent travailler dehors avec leurs mains. Et sincèrement, je ne me voyais pas porter des vêtements de travail et sentir la ferme pour le restant de mes jours. Moi, j’aimais l’école, les beaux habits et la grande ville. Je voulais être une femme d’affaires.

J’ai donc commencé des études en comptabilité et gestion, et j’allais travailler comme gestionnaire dans une grande entreprise. Mais, pour aider mon père, j’ai commencé à faire la tenue de livres de la ferme, qui était encore manuelle à ce moment-là. Pour me sauver du temps, j’ai entamé une transition vers un logiciel comptable. Je ne le savais pas encore, mais je venais de signer mon contrat de travail à vie, parce que non seulement mon père ne saurait pas comment l’utiliser, mais encore moins comment l’analyser pour trouver l’information dont il avait besoin.

En fait, sans m’en rendre compte, en informatisant et donc en optimisant la tenue de livres, je venais de trouver ma valeur ajoutée à l’entreprise familiale.

Je ne serai pas la première à lever la main pour aller marcher la montagne à l’érablière ou aider une vache à donner naissance, mais analyser les chiffres et travailler sur une stratégie qui assurerait la croissance et la pérennité de l’entreprise, ça, ça me parle. Ce serait mentir de dire que travailler dans l’entreprise familiale et y trouver sa place, c’est chose facile, mais le faire au sein d’une équipe complémentaire, comme mon frère et moi, appuyés par nos parents, est le plus beau cadeau qu’ils nous aient offert.

Inconsciemment, nos après-midis sur la ferme ont formé la relève que nous sommes aujourd’hui et ont permis de forger deux entrepreneurs qui, sur papier, sont complètement à l’opposé, mais qui, sur le terrain, n’ont jamais été aussi proches.

Abigaëlle